Edito: Pass et impasses de la politique sanitaire

02/11/2021

Alors qu’au milieu de l’été le premier ministre déclarait solennellement que l’on n’avait pas besoin de « ça » en Belgique, voilà que le Covid Safe Ticket (CST) vient d’être implémenté ce 1e novembre tant au nord qu’au sud du pays. A cette mesure vient s’ajouter aussi l’activation à marche forcée de la loi pandémie. A chaque nouvelle étape, les décideurs de la politique sanitaire n’en finissent pas de rajouter une couche de mesures alors que l’on pensait voir se profiler le bout du tunnel…

On en vient dès lors à se demander si le retour à la vie « normale » que l’on a fait miroiter aux citoyens adviendra un jour. Dans un tel contexte, Infor Jeunes Laeken a tenté de faire le point en organisant un webinaire sur cette problématique, et ce afin de dresser un bilan sur ce qu’il en est aujourd’hui de nos libertés publiques et de nos droits fondamentaux.

Pour ce faire, nous avons invité le sociologue Renaud Maes (professeur à l’Université Saint Louis et Directeur de la Revue Nouvelle). Celui-ci a présenté lors du webinaire les résultats de l’enquête qualitative qu’il a menée auprès de vingt-cinq jeunes de Molenbeek concernant leur rapport à la vaccination. Des éléments d’explication inattendus ont émergé à la faveur de cette enquête. Vous pouvez en prendre connaissance en visionnant la vidéo de cette rencontre.

Autre intervenant : Vincent Laborderie, politologue et professeur à l’UCLouvain, qui nous a entretenu de l’obsession et de l’illusion du contrôle dont relève l’application du pass sanitaire. Obsession et illusion qui obligent le quidam, dont ce n’est ni le rôle ni la fonction, de contrôler ses concitoyens (patrons et serveurs de l’HORECA, employés de cinéma ou de théâtre, etc.) Avec pour conséquence, le risque d’une dangereuse bascule vers une société de surveillance généralisée.

Yves Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur à l’Ecole de santé publique (ULB), s’est livré, quant à lui, à un état des lieux de la situation épidémiologique ainsi qu’à une analyse mettant en question la proportionnalité des mesures mises en place. Car, il faut le rappeler, 2021 est une année de sous-mortalité covid par rapport à 2020, mais aussi 2019, 2018 et 2017! (Ajoutons à cela le fait que le covid n’occupent que la 4e place dans les causes de décès, devant les maladies cardio-vasculaires, le cancer, et les maladies respiratoires). Par ailleurs, pour le scientifique il faut que les politiques en finissent avec une communication clivante basée sur la peur !

Enfin, pour clore le webinaire, Marisa Fella (coordinatrice de la Task Force Covid et droits humains à UNIA) a rappelé que lorsque l’on gère une épidémie, le respect des droits fondamentaux doit rester la boussole. Pour UNIA, qui est quotidiennement à l’écoute des signalements en matière de discriminations, il faut que les mesures prises par les politiques s’accompagnent d’une concertation bien plus ample avec la société civile.

Avec le CST, le gouvernement utilise des méthodes qui relèvent du management d’entreprise afin d’amener un maximum de personnes à la vaccination. Ce qui a, entre autres, pour effet de fragmenter profondément le lien social. En réponse à ce forçage, des actions judiciaires sont en cours : la fédération des salles de fitness a introduit un recours en justice en raison du caractère jugé discriminatoire du CST par rapport à d’autres secteurs professionnels. Une autre action est en cours également concernant le stockage de données personnelles par le CovidScan, ce qui constitue une atteinte à la vie privée. 

Cependant, même s’il semble que, pour l’heure, on ne soit pas sorti de l’ornière, l’avenir reste néanmoins ouvert.

Le CST est d’application jusqu’au 15 janvier, et après ? Le pass sanitaire aura-t-il été une parenthèse ou sera-t-il (comme c’est déjà le cas en France) prolongé ? Dans la deuxième hypothèse, cela confirmerait que la société aura basculé dans une logique de contrôle et de surveillance renforcés, qui appelera de nouvelles formes de mobilisation pour la défense de notre démocratie et de nos libertés.  

Eric Bruggeman

Infor Jeunes Laeken

Crédit photographique: mickeymickeynyc

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